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Feminine Insight, Duo show 2016

“Femisages”

Homeira Mortazavi démystifie la condition féminine avec ironie en l’esthétisant. Elle y parvient à travers une série d’œuvres que l’on pourrait appeler des paysages féminins ou des « fémisages », car celles-ci couvrent toute une gamme d’archétypes féminins, de la virginale Woman and White Roses à la Gipsy Bourgeois aux airs de fille de joie. De même, Mortazavi déboulonne sans retenue le mythe du corps féminin idéal dans Seated Woman. De plus, l’artiste parsème ses tableaux souvent baroques de métaphores visuelles dont les double-sens en dévoilent plus qu’il n’y paraît au premier coup d’œil.

Dans cette veine, The Box met en scène une vision franche du « plafond de verre », ce frein à l’avancement professionnel des femmes qui tarde à être officiellement reconnu. Dans le tableau de Mortazavi, l’environnement en apparence idyllique de la figure féminine l’engloutit, de sorte qu’à toutes fins pratiques, « Elle est un oiseau dans une cage dorée ». En dépit de ses beaux atours, les contraintes et les restrictions de ce paradis artificiel en font inexorablement une prison pour cette femme. Presque écrasée par les limitations qui lui sont imposées, elle se replie sous un poids qu’elle soutient à bout de bras. À genoux et sans vêtements, cette femme n’a plus que son corps nu. Plus précisément, dans ce tableau, le corps féminin dénudé n’est pas sujet du désir, et encore moins un objet sexuel; il constitue plutôt un outil de libération, un moyen de résistance et une arme contre l’objectification de la femme, ce que le titre The Box sous-tend de façon troublante. Pas étonnant alors que le langage corporel de la figure féminine du tableau en dise long sur les obstacles qu’il reste à faire tomber. Malgré sa grande beauté, ce tableau dépeint avant tout les luttes féminines. En vérité, l’optimisme ostensible de cette femme ne rend pas sa situation moins désespérée. De même que dans d’autres toiles de Mortazavi, les spectateurs perçoivent qu’ici, l’artiste utilise astucieusement les roses comme un subterfuge pour définir la condition des femmes dont le quotidien, contre toute apparence, est loin d’être rose. En bref, The Box se trouve à être une adaptation visuelle et féministe du roman Atlas Shrugged d’Ayn Rand.

De la même façon, Mortazavi reprend des thèmes mythologiques dans le tableau The Eternal Flame. Au moyen d’une narration féministe et picturale, elle présente à la fois le mythe biblique de Moïse et du buisson ardent et le mythe grec de Prométhée. Par rapport à ce premier mythe, Mortazavi fait de la figure féminine la destinataire de la révélation divine; quant au second, cette fois c’est la femme, plutôt que l’homme, qui reçoit le don divin du feu. Mortazavi exprime ainsi en termes non équivoques que la transmission du sacré s’effectue par la femme. Mortazavi souligne cette perspective féministe en situant la femme dans un cadre domestique dynamisé par une touche surréaliste, dans un style qui n’est pas sans rappeler Salvador Dali. Cette stratégie picturale a pour effet de sacraliser la banalité du cadre assigné à la femme en tant que « reine du foyer ».

Mortazavi poursuit son exploration de la spiritualité féministe dans le tableau Transcendent. Sa représentation éthérée du corps féminin contraste fortement avec l’incarnation terre-à-terre des femmes dans les autres œuvres de l’artiste. De fait, son art résolument figuratif trouve sa raison d’être dans le corps féminin en tant que pierre angulaire du féminisme. Toutefois, Mortazavi évite de réduire la condition féminine à un phénomène matériel. Au contraire, dans Transcendent, elle évoque la pluridimensionnalité de la femme par l’emploi d’un espace négatif pour représenter le corps féminin, une stratégie picturale qui rappelle le surréaliste René Magritte. Bien qu’empreint de rêverie, le tableau de Mortazavi se saisit du regard masculin, c’est-à-dire la représentation de la femme d’un point de vue masculin en la présentant comme un objet soumis au plaisir de l’homme. En réalité, Transcendent inverse les rôles alors que la femme jette sur l’homme un regard inquisiteur.

À la lumière de ces considérations, l’iconoclasme de Mortazavi est manifeste : elle fait voler en éclats les images de l’hégémonie masculine et les remplace par des récits visuels qui offrent une tribune à une perspective féministe. En matière de représentation des femmes en art, les « fémisages » de Mortazavi lèvent le voile sur un miroir à deux faces.

Professeur Norman Cornett

(Traduit par Geneviève Marcil)

www.cdedec.com

 

 

با حمیرا مرتضوی; پرواز حقیقت دارد، فقط باید بال‌هایمان را پیدا کنیم

Link: Kooklan, Parisa, « With Homeira Mortazavi », in Journal Hafteh, nº418, 8 December 2016

 

 

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